Discographie


Les eaux filigranes Op. 43
pour quatuor à cordes et orchestre d'harmonie
[30:03]

Coups de Vents Wind Orchestra - Orchestre
du Pas-de-Calais
Quatuor La Filature Musicale
Violons, Ayako Tanaka et Thierry Koehl
Alto, Raphaël Aubry
Violoncelle, Fabrice Bihan
Direction, Olivier Penard

enregistrement live : 26 mai 2018 à Arras

date de sortie : septembre 2021

mariannemelodie.fr

Réf. 8659.443

durée totale 01:09:02

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COUPS DE VENTS SUR DEBUSSY




Sonate pour piano n°2 Op. 45
[32:44]

Trois interludes funèbres d'après Ophélie Op. 37
[16:11]

Sonate pour piano n°1 Op. 37
[11:25]

Piano, Orlando Bass

enregistrement : 17-20 février et 18 juin 2020
à "Pianos et musique", Beaulieu (87230 Châlus)

www.dux.pl

DUX 1671/1672

durée totale 61:41

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PIANO WORKS

Enregistré avant et après le Premier confinement, le premier double album d’Orlando Bass, sponsorisé par la Banque populaire et porté par le label polonais Dux, s’éloigne résolument des standards du genre.

- Ce n’est pas un double récital réuni en coffret, car les deux compositeurs ici présentés revendiquent des affinités jusque dans leurs divergences ; et ce n’est pas non plus un dialogue entrelacé comme on en a ouï récemment entre Mompou et Bonet ou entre Miaskovsky et Bacri, car
- un disque illustre l’œuvre pour piano d’Olivier Penard (né en 1974) ;
- l’autre, l’œuvre pour piano d’Orlando Bass (né en 1994), interprète passionné de musique d’aujourd’hui (en témoignent, par ex., sa participation au prestigieux concours de piano d’Orléans 2020, après son disque de préludes et fugues des vingtième et vingtet-unième siècles) et, donc, compositeur.

Cette association entre une dichotomie franche et un système d’échos supposé invite donc à transformer sa mémoire auditive en chambre d’écho ou en caisse de résonance afin de s’approprier et de faire signifier la mise en parallèle des deux disques réunis par un interprète exceptionnel dont on a, tantôt, tressé quelques louanges çà et là puis écouté la parole.

1.Olivier Penard‘s piano works

Le premier disque explore l’œuvre pianistique d’Olivier Penard de façon symétrique : deux sonates encadrent trois interludes.
La Deuxième sonate s’articule en quatre mouvements. Le premier attaque de façon décidée voire percussive. Au rythme et aux contretemps répondent des guirlandes de notes qui filochent à travers tout le piano, en duo parallèle, en divergences, en dérapages ou accompagnées de notes et d’accords répétés. La fusion des deux propositions (accords percussifs et serpentins digitaux) s’opère progressivement mais sans exclure des épisodes où cette réunion se suspend dans une respiration au "swing" presque "jazzy", un peu à la Nikolaï Kasputin (3’23). Sous les doigts très sûrs de l’interprète s’exprime un travail compositionnel – carrément – sur

- les rythmes,
- les accents,
- les ostinatos,
- les récurrences et
- l’idée finale d’explosion, voire l’idée d’explosion finale, ça marche aussi.

Le deuxième mouvement expose une sorte gamme perpétuelle qu’auréole la pédale de "sustain" et qui se perd dans les lointains suraigus. D’abord en duo, ensuite en trio, le motif se dissout dans une série de notes répétées sur lesquelles la main droite propose des gouttelettes et des éclaboussures. De cette humidité sonore réémerge, vaporeuse, la gamme perpétuelle. Le système se prolonge, installant une buée presque contemplative. Délicate, celle-ci contraste avec l’art de cogner apprécié dans le mouvement précédent.
Une voie descendante s’offre au bout de 4’40, sans désamorcer la pulsion ni la pulsation ascendantes. Toutefois, nuances et épisodes intermédiaires éloignent le systématisme qui pourrait poindre. Le compositeur semble faire confiance à l’expressivité de son interprète pour accorder ie aux résonances (7’10) et aux chapelets de gammes ou d’intervalles dans des directions très affirmées. Les motifs descendants semblent l’emporter, posés sous des aigus cristallins, jusqu’à ce que l’aspiration ascensionnelle ne surnage dans une dernière série de gammes qu’Orlando Bass laisse résonner vingt bonnes secondes, jusqu’à extinction… … préparant un troisième mouvement intitulé, c’est d’autant plus signifiant que les autres sections n’ont pas de titre, (disparition). Il s’agit d’une « allusion littéraire », nous précise l’interprète – Perec, nous voici ! En effet, nous éclaire Orlando Bass,

la sonate étant en ut (ni majeur, ni mineur, juste en ut), le do est très présent, comme axe, dans les deux premiers mouvements. Pour compenser, il n’y a aucun do bécarre dans le troisième mouvement, je l’ai vérifié… d’où la prolifération de do(s) au début du dernier mouvement !

Nous renvoyant, donc, do à do, l’affaire part avec une tonicité et un mystère a priori peu compatibles avec your average disparition. Des segments déchiquetés hésitent entre se courir après, se poser, gambader et se frotter les uns aux autres.

- Séries de notes rapides interrompues,
- accords colériques,
- dialogues entre les deux mains et
- motifs récurrents (ainsi des cinq notes précipitées)

dessinent un paysage mystérieux où l’on pourra chercher des intertextes tant très sérieux qu’enfantins (de la souris verte incarnée par les cinq notes à la claireuh fontaine qui coule à 2’51 ou à 4’20). Des accords arpégés, des trilles, des bariolages, des zébrures font osciller le mouvement entre déstructurations, debussysmes et échos minimalistes qui apparaissent autour de 5’ puis s’autodétruisent. Dans la dernière partie du mouvement, évoquant une structure ABA, le discours s’enrichit d’associations entre autorité et silences, accords et trilles, fusées ascendantes et brutales interruptions, ainsi qu’entre balancements ternaires et chocs d’apparence arythmique.

Le quatrième mouvement s’enflamme d’emblée avec

- tempo précipité,
- accords percutants,
- notes répétées,
- octaves,
- traits virtuoses et
- retour du jazz (1’05).

Orlando Bass nous fait ainsi profiter à la fois de sa virtuosité tranquille, de son sens de la musicalité et de sa maîtrise des flux tant digital que sonore. Vers 2’30, le discours paraîts’apaiser sous l’effet d’un écho qui absorbe le trop-plein d’énergie, glissant même vers la tentation d’un lyrisme intranquille que dissout un rythme jazzy irrépressible. Notes en fusion et accords répétés déferlent alors. On dirait qu’ils se gobergent de leur dynamisme roboratif et de leurs dissonances savoureuses.
Un nouvel apaisement, battant au rythme d’un balancement ternaire, semble préparer la péroraison finale, idéale, selon la logique habituelle, pour réexposer le brio de l’interprète et souffler l’auditeur grâce à une pyrotechnie extravagante. Or, il n’en sera heureusement rien. En effet, la musique se suspend peu à peu, dans un long effacement progressif qui préserve le charme oxymorique de la pièce, "id est"l’association entre rage percussive et poésie énigmatique.

Les quatre dernières pistes sont des synesthésies musiquant, et hop, des intertextes littéraires. Les Trois interludes d’après "Ophélie" [de Rimbaud] s’articulent autour des trois sections du poème. La première nous montre Ophélia/Ophélie allongée dans l’onde. Le vent, ce coquinou, lui baise les seins et un chant mystérieux tombe des astres d’or. Musicalement, un clapotis dans le médium se présente entre les étoiles des aigus et la gravité dangereuse qui tire vers les graves. Une houle tend à se former, de plus en plus active quoique portée par l’attraction des étoiles. La musique liquide a beau se suspendre (2’35), une sorte de jet d’eau inonde le clavier.

- Frémissent les voiles,
- menacent les hallalis des profondeurs et
- imprègne l’atmosphère l’énigmaticité des motifs qui se répondent en écho.

La « romance du soir », les frissons des saules et soupirs des nénuphars froissés finissent alors par s’éteindre dans les ultima verba d’un dernier clapotis.
À la deuxième section, Ophélia a péri, débordée par « les vents » et « les plaintes de l’arbre » poussant à la liberté. Voilà donc la belle gosse victime de cet « infini terrible » et de ces « grandes visions » soufflées par un « beau cavalier » jusqu’à briser le « sein d’enfant » de la miss, ce qui est fort fâcheux. En langage pianistique, c’est le grave qui creuse la tombe (le bilingue qui joue doit apprécier ce jeu de mots d’une subtilité abyssale). Aigus et médiums dispersés et instables proposent, par grappes, quelque souvenir d’une autre vie. L’égrène un motif de neuf notes en solo, duo puis trio. Il répand cette nostalgie en boucles brisées de plus en plus tôt, entre aigu et médium. Ces cycles difformes ne s’assècheront plus, envahissant même le grave et l’ultragrave. Un dernier volet reste suspendu entre coup de tonnerre grave et aigus persistants. Ainsi s’achève l’évocation de l’irréconciliable faiblesse humaine, entre notre aspiration aux grands souffles des libertés et notre indécrottable finitude.
La dernière section du poème est la plus courte. Elle reprend l’image de « la blanche Ophélia » flottant « comme un grand lys », que le poète a vue, une nuit qu’il revenait cueillir des fleurs au plan d’eau maudit (je synthétise approximatif). La traduction musicale est cependant la plus longue de la trilogie. Elle se déploie d’abord autour d’aigus et de médiums qui frottent leurs dissonances et leurs accents aux mystères du silence. Petit à petit, la partition grignote du grave. La nuit y gagne en gravité fuligineuse ce qu’elle perd en étoiles tristes. Un balancement lugubre, plus déchirant que désespéré, s’amplifie jusqu’à fricoter avec un projet d’explosion dont les harmonies sporadiquement debussystes ou ravéliennes sont à la fois provisoires et récurrentes. Un glissendo de bas en haut du clavier se retrouve aspiré dans les ultragraves. Seul phare qui tente de luire de temps en temps : les trois notes ré – ré – do#, dont l’accentuation par Orlando Bass évoque un appel à jamais avorté à la fugue du Prélude, choral et fugue de César Franck (le sujet s’ouvre sur mi – mi – ré#, ré bécarre – ré – do #, etc.). Le motif descendant est repris dans un clapotis qui, bientôt, disparaît dans la sombre clarté qui tombe des étoiles.

Dernière pièce au programme, la Première sonate pour piano est une transcription « d’une pièce pour ténor, chœur et piano intitulée Der Steppenwolf », inspirée par Le Loup des steppes de Herman Hesse. Le roman narre la tentative de transformation de Harry par Hermine, tentant d’acclimater un solitaire aux joies de la sociabilité bourgeoise, sur fond de montée du nazisme (je re-schématise approximatif). La pièce commence donc plus dark que dark, avec rythmique ultragrave et réponse inquiétante de la main droite. Accords, fusée descendante et glissendo tentent vainement de faire diversion. Une nouvelle syncope grave accompagne le motif liminaire de la main droite. Unissons et duos s’étouffent dans l’ultra-aigu, comme si le narrateur cherchait une issue loin de tout, à droite ou à gauche. Séduisent dans l’interprétation

- la tonicité des doigts,
- la capacité à changer de couleurs en une fraction de seconde, et
- le savoir-faire qui permet de dissocier les voix aux prises, travailler sur des types d’attaques différents et de ménager des changements progressifs de nuance.

La partition fait voyager les patterns significatifs
(- accompagnements,
- fusées,
- motif liminaire,
- silences,
- accents décidés)
créant, par-delà les mutations du propos, une unité précieuse pour l’auditeur. Une respiration intervient vers les 6’, aussitôt perturbée par une reprise des propos initiaux, deux octaves plus haut. Orlando Bass déploie la netteté et la justesse nécessaires tant pour dessiner sursauts et récurrences que pour repeindre dans de nouvelles teintes les résurgences des obsessions. Les réexpositions de motifs ajoutent à la tension de la pièce qui s’auto-exacerbe avec malice, comme on gratte une cicatrice trop fraîche avec de douloureuses délices. Le retour de la première partie vers 9’ prépare une dernière chevauchée virtuose quoique saccadée. Des harmonies résolument messiaeniques (10’23) préfigurent la péroraison finale. Celle-ci tressaute d’accords qui se répètent et se poursuivent jusqu’au crescendo fatal, peut-être un brin attendu mais cohérent avec l’histoire proposée.

En conclusion, s’esquisse ici une musique qui privilégie
- le narratif au confortable,
- le mystérieux au convenu,
- le sursautant au ronronnant… et
- le virtuose au reposant.

Porté par la musicalité d’un Orlando Bass, le résultat est moins plaisant qu’intéressant ; et ce n’est pas, pour une fois, un mince compliment.

Bertrand Ferrier,
ORLANDO BASS JOUE OLIVIER PENARD ET ORLANDO BASS (DUX, 1/2),
www.bertrandferrier.fr/blog/ (18 janvier 2021)

Chroniques pour piano Op. 30
[32:54]
Piano, Dana Ciocarlie

Polyptyque dit «du diamant» (quatuor à cordes n°1) Op. 28 [17:24]
Quatuor Debussy

Artefact pour clarinette, violon, violoncelle et piano Op. 11 [20:35]
Quatuor Debussy
Clarinette, Jean-Marc Fessard
Piano, Jonas Vitaud

Charade pour violoncelle et accordéon Op. 29
[4:33]
Violoncelle, Fabrice Bihan
Accordéon, Philippe Bourlois

enregistrement : 5-9 septembre 2014
à l'école de musique de Velizy-Villacoublay

www.dux.pl

DUX 1112

durée totale 75:29

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CHRONIQUES

Here is a case, for this listener anyway, of the accompanying «blurb» rather putting me off before I even started. I had not heard of Olivier Penard before this CD dropped onto my doormat so first of all read his biography. We are told that he is an autodidact who is positioned at the crossroads of contemporary creativity being influenced by « minimalist currents, jazz and film music ». Then we are told that he admires Ravel, Honegger, Dutilleux, John Adams and John Williams. All a bit of a « dog’s breakfast » you might mean- spiritedly think. Then I started to forget all that and just listened.
I was much taken with the work, which gives the CD its title, that is Chroniques for solo piano. It's a set of seven eclectic piano pieces each with an enchanting descriptive title. The spirit of Debussy surely looks over the composer’s shoulder. The first is Stupeur which is in a vague unmetred landscape of impressionistic harmony; the composer writes music without metre again later in the piece. The same feelings also apply to No. 3 Un regard (A look) which is beguiling in its loveliness and then to No. 5 where the music is « paralysed » by a debilitating love and No. 6 Un sourire (A smile). We end with No. 7 a Romance, almost a throw-back to French music of one hundred years ago. In contrast No. 2 Désordres is violent, highly dissonant and virtuoso with fisted note clusters. Eclats is also full of quite unexpected contrasts and moods.
These Chroniques are presented across the CD interspersed among up the other works. This is presumably in the mistaken idea that you might play the whole recording right through without a stop. I tracked the seven pieces to follow each other and if one does that then a sense of the overall shape of the work is more easily grasped. Dana Ciocarlie carries off every aspect of the music perfectly with superb pacing where necessary and wild intensity when needed.
The String Quartet, translated as The Diamond Polyptych, was inspired by an event which took place at the Cistercian abbey where it was composed, resulting in the burial of a diamond ring. It is in four highly original and often intense movements. The first is subtitled Luminous Weddings, an allusion to the couple who were buried with the ring. There is much musical information here and the music goes on to be more developed during the ensuing movements. The second is a short Shostakovich-like burlesque, the third, a slow and aching interlude with its slowly rising lines and the fourth subtitled Fruits of the Stars is full of wild and scurrying scales. It's a work to which I will return, I’m sure, and it is played here with marvellous conviction and understanding by the Quatuor Debussy.
Proof of Penard’s love of Dutilleux comes in the shape of the brief Charade for cello and accordion. It amounts to a series of inventions on a theme in the finale of the older master’s First Symphony a work that is quoted by Penard at the end. The accordion came to be used by Dutilleux in his later works and the Cello Concerto of Dutilleux is perhaps his finest work. Penard’s Charade is a witty and clever piece but no more than that.
I much enjoyed Artefact and it's interesting that it starts with a compositional plan, that is to open with an Overture in « a dry, dissonant sonic world » and to end with an exciting jazz-inspired Rhapsodie. In between there is a fascinating Scherzo-Rondeau, full of uneven rhythms and percussive chords, an Interlude which pays homage to the nocturnal world of Bartók who wrote his Contrasts for violin, clarinet and piano for that great cross-over clarinetist Benny Goodman. The finale is entitled Rhapsody-Jazz. Don’t expect pastiche Brubeck — it’s the syncopations and drive that make this an exciting jazzy movement. I really took to it as I did to almost all of Penard's music. I can also add that the performances are brilliant and full of energy. The documentation, written by Dominique Hayer, is quite detailed and often quotes the composer.

Gary Higginson, MusicWeb-International.com





Le catalogue du label DUX est extrêmement varié. Il permet d'entendre des œuvres du grand répertoire mais aussi des œuvres de compositeurs peu enregistrés, notamment français du XXème siècle comme Henri Busser, Jacques Ibert, Jean Français, Philippe Gaubert, Reynaldo Hahn, Henri Tomasi ou les grands maîtres de l'orgue tel que Charles Tournemire, Louis Vierne ou Charles Marie Widor. Deux compositeurs qui s'expriment aujourd'hui ont même droit à un CD qui leur est intégralement consacré : Renaud Gabriel Pion et Olivier Penard. Ce dernier, né en 1974, est autodidacte tout en ayant reçu les conseils de Philippe Capdenat et de Guy Reibel. Le présent enregistrement offre un panorama de sa production entre 2001 et 2012. Si les quatre œuvres enregistrées peuvent s'écouter séparément, une audition en continu se justifie tout à fait, car le CD est conçu comme une seule œuvre : les pièces à quatre ou deux instrumentistes sont encadrées par l'opus 30 – Chroniques – pour piano, à entendre comme des interludes. Leur interprète, Dana Ciocarlie, est remarquable : jeu franc, dense et varié. On remarquera l'atmosphère très debussyste du début de « stupeur » qui débute l'œuvre et le romantisme discret de la dernière partie de ce cycle, Romances qui clôt l'enregistrement. Le quatuor à cordes Opus 28 Polyptique dit « du diamant » est très subtilement introduit par les Debussy qui ensuite se jouent de la variété des rythmes comme cette valse en seconde partie de l'œuvre. Dans le quatrième mouvement, « Fruit des étoiles », on peut entendre des accents proches de ceux qu'avait créés Janacek ; dans le cinquième et dernier, on évoquerait plutôt Stravinsky, soit autant de références subjectives qui peuvent être contredites par d'autres auditeurs. Ainsi dans sa présentation du CD, Dominique Hayer évoque pour le quatrième mouvement de cet opus 28 successivement Mahler et les minimalistes ! Artefact, composition la plus ancienne (2001), associe piano, violon, violoncelle et la clarinette virtuose de Jean-Marc Fessard. Avec lui et ses partenaires, la parenté, en particulier du dernier mouvement Rhapsody-Jazz avec les Contrastes de Béla Bartók est évidente.

Mais la composition la plus intéressante est sans doute Charade sur un thème d'Henri Dutilleux (en l'occurrence la première symphonie). Il n'y a pas de tendance au pastiche mais au contraire une réelle originalité, à commencer par l'alliage sonore entre un violoncelle et un accordéon, parfaitement réussi. Voilà bien une œuvre certes de dimension modeste mais vers laquelle on a plaisir à revenir. Cette Charade échappe au reproche que l'on peut émettre à propos des autres œuvres ; que ce soit Chroniques, Polyptique ou Artefact, l'auditeur est trop sollicité à identifier les influences ce qui est un obstacle pour débusquer l'originalité des compositions d'Olivier Penard qui, cela étant, ont l'avantage de se laisser écouter. Tous les interprètes sont dignes d'éloge et la qualité de l'enregistrement excellente, mis à part une perspective sonore trop large pour Artefact. Le livret, en français, anglais et polonais, donne des œuvres un éclairage précis et dans un langage évitant le jargon. Disque intéressant consacré à un compositeur sans doute trop prisonnier de ses influences mais dont les œuvres restent séduisantes à l'écoute.

Gilles Ribardière, L'Education Musicale n°102 (septembre 2016)

Phantasy pour violon, alto, violoncelle et piano Op. 25
[35:30]

Ensemble Contraste
Violon, Arnaud Thorette
Alto, Maria Mosconi
Violoncelle, Antoine Pierlot
Piano, Johan Farjot

enregistrement : 12-14 avril 2013 à Meudon

www.dux.pl

DUX 1126

durée totale 49:53

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MIDSUMMER PHANTASY

La fantaisie dans sa forme anglaise est un genre polyphonique mais néanmoins libre qui par définition convient à Olivier Penard, jeune compositeur français en partie autodidacte qui se réclame de Ravel, Bartok, Stravinsky, Honegger, Dutilleux, John Williams (l’Américain, non l’Australien) et John Adams. Au contraire des fantaisies de Purcell et de Bridge, sa partition est un divertissement. Habile et original, construit en cinq volets en arche et en miroir, il ne manque pas d’intérêt. Sans jamais faire naître une idée de « néo », Penard procède à une véritable synthèse entre la musique savante et le jazz. Les techniques instrumentales, les timbres et le jeu thématique non sans recherche, les quatre instruments indépendants du quatuor sonnent à l’occasion comme un petit orchestre. Il mêle dissonance et consonance, chromatisme et diatonisme, contrepoint et harmonie et ses rythmes marqués passent de l’effréné au chaloupé, ce dernier en particulier pour le troisième volet volontairement ludique où le compositeur « tisse un moment de détente clair-obscur à la croisée des langages » en référence oblique à Gershwin et avec un clin d’œil à la musique de salon.

Christine Labroche, ConcertoNet.com

Charade (sur un thème d'Henri Dutilleux) Op. 29
pour violoncelle et accordéon
[4:15]

Violoncelle, Fabrice Bihan
Accordéon, Philippe Bourlois

enregistrement : 1 septembre 2014 à Villefavard

date de sortie : 1 juillet 2015

disques-triton.com

TRI331196

durée totale 01:09:02

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HOMMAGE A HENRI DUTILLEUX

Pour le Festival Les Inouies 2011 à Arras (Pas-de-Calais), Fabrice Bihan et Philippe Bourlois ont commandé à plusieurs compositeurs une pièce de cinq à six minutes, à l’image des Strophes pour violoncelle seul (qui prennent tout naturellement place dans ce CD) de Henri Dutilleux, en hommage à celui-ci. Les compositeurs pouvaient choisir leur formation : violoncelle/accordéon ou duo. Ce CD présente les réponses de N. Bacri, P. Burgan, R. Campo, B. Cavanna, J.R. Combes-Damiens, Ph. Hersant, V. Paulet, J. Lenot, O. Penard et V. Wimart qui se réfèrent donc tous à l’une des œuvres de H. Dutilleux, avec comme contrainte supplémentaire celle d’en faire une brève citation. Henri Dutilleux a entendu, écouté, approuvé avec enthousiasme ces différentes pièces, qui furent toutes créées à Arras. On notera le talent des artistes qui met particulièrement bien en valeur ces évocations « dutilleuses »… Avec l’aide de l’Association Musique en roue libre, nous avons plaisir aujourd’hui à les porter à votre connaissance. Chacune est présentée par son auteur dans le livret d’accompagnement, Maxime Josse, spécialiste de la musique de Dutilleux, a rédigé l’article qui est consacré à ce grand compositeur disparu en mai 2013.


Elégie pour violoncelle Op. 24
[11:03]

Violoncelle, Fabrice Bihan

enregistrement : avril-mai 2010 à Versailles

label Quantum

QM7056

durée totale 58:56
FILIATION

À l'époque de Jean-Sébastien Bach, il est difficilement imaginable de composer des œuvres pour violoncelle seul, cet instrument étant destiné à l'accompagnement (basse continue), sans compter que le compositeur, pas tout à fait branché à son époque ne jure que par la polyphonie. Ses pièces pour violoncelle seul, à la fois mélodies à une voix soliste et polyphonie à plusieurs, sont un véritable tour de force.
Pratiquement aucun compositeur ne touchera à ce type d'écriture jusqu'à son renouveau au début du 20e siècle, marqué par la Sonate pour violoncelle de Zoltán Kodály. Comme Bach, Kodály utilise une scordature (accord inhabituel de l'instrument) afin de créer de nouvelles possibilités et permettre à l'instrument de se « suffire à lui-même ».
Entre romantisme et néo-classicisme, entre musique traditionnelle et formes « savantes », cette oeuvre se veut unificatrice entre styles, époques et cultures. Le XXème siècle offre depuis, une littérature foisonnante pour le violoncelle seul. Les pièces choisies dans ce programme, toutes travaillées avec le compositeur, rendent hommage à cette filiation.


Conte musical pour récitant et pour orchestre Op. 27a

Récitant, Xavier Besson
Adaptation, Eric Herbette
Illustrations, Mizuho Fujisawa
Direction, Samuel Jean

Orchestre lyrique de Région Avignon-Provence

enregistrement : 2011 à l'auditorium du Grand Avignon-Le Pontet

Le Sablier Éditions

parution : novembre 2012

durée totale 63:21
PETER PAN

Dans un format généreux est abrité ce qui n’avait encore jamais été tenté : un concerto pour récitant et orchestre, création mondiale confiée à Olivier Penard. Le texte, adapté avec verve et truculence par Eric Herbette pour un album de 56 pages, est illustré par un incroyable travail de découpage, tout en transparence et une mise en couleurs au pochoir. Mizuho Fujisawa, illustratrice japonaise (30 ans), est issue des Beaux-Arts de Strasbourg. Ce concerto pour voix et orchestre propose, au-delà du texte magnifique, de découvrir de grandes oeuvres du répertoire classique évoquées par le compositeur dans cette création : Stravinsky, L’Oiseau de feu pour la fée Clochette et Le Sacre du Printemps pour les peaux-rouges ; Rimsky-Korsakov, Shéhérazade pour le naufrage ; Korngold, Robin des Bois pour les combats entre Crochet et Peter Pan ; Prokofiev, Roméo et Juliette pour la valse de Crochet ; Debussy, La Mer pour la lagune... Dans les émotions et les rebondissements des personnages. Au total, 10 tableaux musicaux racontent, par la voix de Xavier Besson, ce récit, devenu une légende.


Conte musical pour récitant et ensemble instrumental Op. 2

Récitant, Jacques Bonnaffé
Illustrations, Eric Battut
Direction, Jean-Michel Despin

enregistrement : 2007 au conservatoire d'Aubervilliers

parution : mars 2008

www.didier-jeunesse.com

durée totale 36:56
LA CHÈVRE DE MONSIEUR SEGUIN

Autour des mots si familiers d’Alphonse Daudet, le compositeur Olivier Penard a imaginé un conte musical pour un récitant et quinze musiciens, à la manière d’un Prokofiev. Sa partition va crescendo, de la musique de chambre à la symphonie, et mêle multiples influences, entre classique, jazz et musique de film. Le Quatuor Benaïm et le contrebassiste Matthias Lopez, l’Ensemble Instrumental à Vent de Paris, le pianiste François Kerdoncuff et les percussionnistes Pierre Courier, Ying-Yu Chang et Hervé Trovel nous livrent une interprétation brillante de cette œuvre originale, sous la direction précise et enlevée de Jean-Michel Despin.


Conte musical pour récitant, voix et ensemble instrumental Op. 20

Récitante, Virginie Ledoyen
Adaptation, Olivier Cohen
Illustrations, Joanna Boillat
Direction, Jean-Michel Despin

enregistrement : 2006 à Paris au studio Kos and co

parution : octobre 2006

Editions Thierry Magnier

durée totale 41:33
LE JOUEUR DE FLÛTE D'HAMELIN

Composées sur une adaptation d'Olivier Cohen, les sept parties de la partition sont tantôt conçues pour souligner le texte, lui proposer un soutien ou un écho, tantôt pour l'intégrer directement dans la musique, notamment par l'intervention des quatre chanteurs.
Rédigés exclusivement pour le trio à cordes et les percussions (le joueur de flûte n'est pas encore apparu), les deux premiers mouvements introduisent le conte, et illustre également toute la séquence consacrée à l'invasion de la ville d'Hamelin par les rats: dissonances acides, allegro déluré et plaintes grinçantes installent la tragédie. Les deux parties suivantes se consacrent à l'arrivée du joueur de flûte et concluent l'épisode des rats: flûte en sol et piccolo se succèdent en volutes et guirlandes de notes. Le cinquième mouvement introduit les rôles chantés du maire et du curé de la ville dans une parodie grotesque d'opérette. Les deux parties suivantes font entendre l'intégralité de l'effectif et sont entièrement consacrées à l'épisode de l'enlèvement des enfants: ritournelle envoûtante de la flûte, cordes invitant à la danse, percussions à la fois espiègles et lancinantes, quatuor fantomatique des chanteurs porté par une musique quasi prophétique.
La pièce se conclue par un solo d'enfant, témoin du drame, et oscille entre une musique évoquant le final de Wozzeck et la poésie lumineuse de Ravel dans L'enfant et le sortilèges.