Ar-Men

(quatuor à cordes n°2 avec voix)

Composition : 3 mai 2015
Création : 18 juillet 2015 – Belle-Île-en-Mer –
Festival Plage musicale en Bangor
Durée : 18 minutes
Non édité
« J’ai toute la nuit devant moi. Il n’y aura pas de brume. L’horizon est clair, on voit tous les feux. Le vent est remonté au nord mais la houle demeure, et le phare tremble par moments dans le bruit. »

C’est ainsi que débute le plus grand roman de Jean-Pierre Abraham (1936-2003), dernier gardien du célèbre phare d’Ar-Men érigé à la fin du XIXè siècle à la pointe ouest de la Bretagne.
Si Ar-Men signifie « le rocher » ou encore « la pierre », c’est de solitude et d’introspection dont nous parle l’auteur. Un texte tout à la fois émouvant et austère, sensible et quasi mystique.
Autant de thématiques que mon travail de compositeur explore quotidiennement. C’est pourquoi j’ai choisi la volupté des cordes entremêlées à la voix de soprano afin de restituer au plus près les ambiances décrites par Jean-Pierre Abraham, en décupler par le son les images tour à tour intimes, poétiques ou grandioses. Ainsi, les sept parties enchaînées de l’oeuvre font succéder des univers aussi contrastés que complémentaires.
Le premier mouvement évoque l’auteur assis à sa table d’écriture, à la recherche des mots les plus propices à décrire sa vie nocturne alors que la mer, au dehors, inquiète par son calme sourd. C’est le sprechgesang de la soprano sur fond de cordes régulières, avec sourdines, qui nous peignent avec inquiétude ce tableau. Puis, les instruments s’animent lors d’un bref interlude et évoquent ainsi le mouvement lancinant des vagues : le voyage vers les profondeurs insondées a commencé. Cette seconde partie nous amène naturellement vers le seul allegro de la pièce. C’est le soleil éclatant de midi mêlé à la houle fracassante qui vient inspirer ces nouvelles pages résolument rutilantes, sensuelles, presque exaltées. La quatrième partie de l’oeuvre est à nouveau un bref interlude où les visions oniriques de l’enfance résonnent avec bizarrerie. Puis, ce sont les douloureuses mélopées de la voix qui succèdent à cette parenthèse : c’est le moment de la solitude et du regret porté par des cordes tout aussi étranges qu’élégiaques. Passé un dernier interlude qui nous ramène aux premières ambiances de la pièce, la septième partie, assez courte, conclue l’oeuvre dans un sanglot lumineux et profondément nostalgique.

« Belles journées, soyeuses larmes, et tout cela, je le sais maintenant, ce n’était rien ».