Artefact

Composition : 25 novembre 2001
Création : 5 février 2002 – Courbevoie – Hôtel de Ville
Ensemble Quatrio
Durée : 23 minutes (4 mouvements)
Editions Jobert
Composé d’une brève ouverture et de trois mouvements, le quatuor Artefact propose un parcours musical évolutif en utilisant un langage tout d’abord âpre et dissonant conduisant progressivement vers une stabilisation rythmique et harmonique où l’évocation du jazz est probante.
La forme de chacun des mouvements corrobore cette intention. Après une violente ouverture où la matière musicale se désagrège dans la plus grande instabilité rythmique, le second mouvement, pièce maîtresse du quatuor, est un scherzo épousant la forme du rondeau dans lequel se développe un tissu contrapuntique sur les intervalles de seconde et de septième.
L’énergie rythmique est au centre du discours et oscille constamment entre une dynamique ternaire et binaire. La virtuosité instrumentale y est prépondérante.
Les intentions mélodiques sont rares, mais des mélismes en constante transformation assurent la cohésion formelle. Construit lui-même de manière palindromique, comme un écho miniature à la forme rondeau (ABA’CAB’A’’), le trio central transpose certains éléments motiviques du scherzo dans une atmosphère harmonique plus diatonique qui prélude au dernier mouvement.
L’interlude est une passerelle entre le scherzo et le final, un moment de méditation transitoire qui nous plonge dans un monde d’angoisse et de poésie où l’évocation des musiques nocturnes de Belà Bartok ressurgit comme un hommage. La construction formelle est également de type ternaire.
Les tensions chromatiques des mouvements précédents sont ici exacerbées par l’utilisation des instruments dans leurs tessitures les plus élevées.
Cependant, le mouvement de libre passacaille qui débute et achève la pièce se déploie dans un langage harmonique où le diatonisme de plus en plus présent propose un apaisement de l’écoute qui préfigure le quatrième mouvement.
Enfin, la Rapsodie-jazz se présente comme un final libéré de la dissonance et des cadres formels utilisés précédemment.
Le rythme est ici tout autant structurant que dans le scherzo, l’emploi des intervalles de seconde est toujours aussi présent, mais la pièce se déroule dans la plus grande régularité métrique, animant le discours d’une exaltation jubilatoire que l’évocation du jazz vient renforcer.
C’est dans cette proposition de synthèse du langage savant avec le jazz que le parcours dramaturgique du quatuor prend sa pleine justification.
Loin du pastiche et de la citation, la réunion de ces deux mondes musicaux parfois dissociés fonde un langage uniforme donné comme une alternative personnelle à la musique d’aujourd’hui.