Le cortège d’Aristophane

Texte d’Aristophane (extrait de Les oiseaux- traduction Victor-Henry Debidour)
Quintette vocal, flûte à bec et luth
Composition : 2 janvier 2009
Création : 7 juin 2009
Madrigal de Bordeaux
Direction, Eliane Lavail
Durée : 18 minutes
Non édité
L’œuvre d’Aristophane, l’un des auteurs les plus populaire du Vème siècle de la Grèce antique, est à la fois truculente, poétique et subversive.
Dans Les oiseaux, il dresse un portrait détonnant de ses contemporains à travers une mascarade rutilante réunissant toutes sortes de bêtes à plumes et donnant lieu à des séquences parfaitement délurées. Comme l’usage le veut, la pièce combine avec brio le dialogue entre les personnages, l’intervention du chœur qui commente l’action et les chansons. L’une d’entre-elles présente de fascinantes qualités poétiques et descriptives : c’est la convocation par l’un des protagonistes de tous les personnages ailés de l’œuvre, richement parés de leurs attributs les plus somptueux.

« …ici, tous ici, arrivez, mes frères de la gent ailée, qui sur les labours de nos paysans levez votre dîme en bonne semence !... »

Magnifiquement traduit par Victor-Henry Debidour, le texte est une véritable farandole d’allitérations, de jeux de mots et de licences poétiques. Il offre quatre moments au cours desquels les oiseaux des marais croisent ceux des mers, la bartavelle dans son bel habit flirte avec les « cols- tendus », les cohortes quasi-militaires se mêlent aux tableaux rupestres de la cueillette dans les champs.
C’est ainsi que la musique fait appel à un quintette de chanteurs solistes (soprano, mezzo-soprano, alto, ténor et basse), une flûte à bec et un luth. Pour souligner la référence à l’antiquité, le ténor est muni d’un instrument de percussion (tambour de basque) accentuant son rôle de soliste principal et renforçant par ailleurs la dimension théâtrale de la pièce. La palette de sons ainsi constituée ne manque pas de couleurs : depuis le chant aléatoire imitant le piaillement des oiseaux, en passant par le sprechgesang quasi parlé, le sifflé, les bouches fermées et les sons nasards évoquant les bourdons anciens, c’est la diversité des effets vocaux et instrumentaux qui crée un véritable tableau naturaliste pour les oreilles.
Ce quart d’heure ornithologique ne fait d’ailleurs pas référence qu’à l’antiquité. Il donne également lieu à quelques apartés vers l’harmonie Debussyste, évoque les chœurs « maléfiques » de Berlioz ou bien s’inspire des jeux vocaux de Benjamin Britten.