Ombra del morir

Textes de Michel-Ange
Quatuor SATB, choeur mixte à 6 voix
Composition : 30 juin 2000
Création partielle : 24 mars 2000
Les Cris de Paris
Direction, Geoffroy Jourdain
Création complète : 13 novembre 2005
Ensemble Vocal de Nantes,
Direction, Paul Colléaux
Durée : 18 minutes (3 mouvements)
Editions Jobert
« Ombra del morir est dédié à la mémoire de son père. Le ton est donné : cette pièce nous parle de la mort, de la fascination qu’elle exerce et de l’intensité de vie qu’elle octroie. Mais bien plus qu’une œuvre provoquée par un fait isolé, ce cycle choral est le fruit d’une lente sédimentation intérieure. Loin des tortures de l’esprit et des peurs inextinguibles du corps, la vision du compositeur est délibérément lumineuse, tour à tour intriguée puis fascinée par le jeu de séduction qui s’institue entre l’être et cet « autre côté du miroir ». Cette grande méditation sur la nuit de la mort dépasse la notion du sacré pour embrasser le rituel à plein corps.

Première grande œuvre chorale de son auteur, elle propose le cheminement de trois instants : une Canzonne « orchestrale » aux dimensions assez développées, un court et sobre Lamento que couronne l’Elegia finale. La dramatisation de ce déroulement se résume par l’entité « péripétie, rupture et transfiguration ». La référence à la source du sonnet de Michel-Ange traitée dans la première partie a son importance : le poète-sculpteur aurait eu à l’esprit le défilé macabre d’un char soutenant des squelettes (Caro della morte) chantant une œuvre d’un compositeur vénitien lors d’un carnaval.

Olivier Penard traite cette anecdote frappante dans la Canzonne en injectant à sa partition des citations du poète Antonio Alamanni et du Miserere grégorien.

Cette vision fantasmagorique de la mort rejoint le mystère charnel de l’Elegia finale, c’est-à-dire l’aboutissement sémantique d’Ombra del morir. Cet effet de prémonition intérieure est une des racines qui lient inextricablement l’une à l’autre chacune des pièces de ce cycle. Olivier Penard s’intéresse donc à une grande forme motivée par des situations théâtrales, le drame étant à la fois stimulus de structure et d’écriture. C’est ainsi que la teneur expressive des textes choisis a motivé la mise en scène de l’effectif vocal, cette dichotomie entre quatuor de solistes agissant et un chœur mixte à six voix, figurant le coryphée de la tragédie antique. »

Vincent Manac’h


L’écriture vocale d’Olivier Penard concilie une réelle connaissance de la prosodie avec une attitude vocale, c’est à dire une considération prioritaire à l’instrument, à ses possibilités à la fois techniques et expressives.

Olivier est un rhéteur. Dans ses relations avec autrui, beaucoup de choses prennent sens grâce à son attention méticuleuse au verbe. Voilà en partie comment je m’explique le lien particulier qu’entretient olivier avec la musique vocale ; verbe et son, surenchère de sens sur le verbe par le son, appropriation du sens par l’acte de composition, restitution par la musique d’un sens subjectif à l’image des madrigalistes. J’ajouterai des madrigalistes de la renaissance, plus que des expressionnistes du début du XVIIème siècle, dans la mesure où la musique ne cherche pas à illustrer le texte dans ses moindres inflexions, mais plutôt d’en restituer la sensation.

Le langage utilisé dépend ainsi de ce rapport au « geste vocal » qui entend révéler le texte. Dans cette mesure, il est évident que les procédés d’écriture très personnels d’Olivier l’identifient aisément, bien qu’ils soient empruntés à la grammaire musicale classique (canons, miroirs, opposition diatonisme-chromatisme…). Mais une fois encore, le geste musical est un moyen, non une fin. Pour Olivier, une chose n’existe que par rapport à son contraire. Dans
Ombra del morir, la mort est considéré comme une stase paisible : les voix d’homme se reflètent dans celle des femmes et inversement. La fluidité, le calme qui en découle se heurtent au mouvement chromatique et pénible d’un quatuor de solistes démesurément expressif, par opposition.

Ainsi donc, la musique d’Olivier Penard est animée d’une volonté de donner du sens, des sens, leur sens aux choses qui l’entourent. Il en va de même dans son rapport aux interprètes. Les querelles d’école, sans qu’il y soit indifférent, ne peuvent le concerner : aucune école ne pourrait l’accepter complètement. Son parcours est atypique, son désir d’indépendance trop affirmé, sa démarche bien trop personnelle.
En ce sens, il a résolument un style « Penardien ».

La question est : obligé d’écrire sur un texte qui n’est pas porteur de sens pour lui, Olivier ferait-il encore du Penard ?


Geoffroy Jourdain, chef de chœur