Les cahiers de Rimbaud

Textes d'Arthur Rimbaud
Composition : 1er octobre 2021
Création : 12 novembre 2021
Soprano, Marion Tassou
Durée : 17 minutes (3 mouvements)
Editions musicales Rubin
Les célèbres Cahiers de Douai contiennent d’authentiques chef d'oeuvres qu'Arthur Rimbaud rassemble vers 1870. Parmi eux, Ophélie ne cesse de fasciner tant par son sujet (délaissée par son amant, Ophélie meurt noyée et demeure figée au fond des eaux) que par sa charge poétique qui dépasse le cadre de la littérature pour se conjuguer avec l'iconographie ou bien encore la musique.

Avant même d'aborder la composition de l'oeuvre, j'ai souhaité que mon travail entre en résonance avec les précédents opus de mon catalogue. Ainsi, la pièce est composée dans le même effectif que mes Quatre sonnets de Louise Labé (voix, quatuor à cordes et piano) et en conserve la dimension tragique. Mais surtout, les trois parties du cycle sont directement issues d'un recueil pour piano seul composé en 2020 et intitulé Trois interludes funèbres d’après Ophélie.

L'enjeu créatif fut donc bien de prendre appui sur une musique déjà existante, dont le ton général était défini à l'avance, et de l'étendre grâce au quatuor à cordes tout en imaginant une partie vocale cohérente et guidant le discours de toute la pièce.

Au final, la musique ainsi composée s'avère assez distante de sa source originale, si bien que ce cycle acquiert une autonomie musicale propre.

L'ordre des parties est d'ailleurs inversé de telle sorte à ce que la pièce s'ouvre par un mouvement lent : « Un chant mystérieux tombe des astres d'or ». Ici, la musique nous plonge d'emblée dans les abysses où Ophélie demeure figée pour l'éternité : Résonances graves du piano, temporalité imperceptible. Quelques gouttes de double croches investissent progressivement l'espace pour ne plus jamais s’arrêter. Sur cette pluie continue de larmes, les cordes déploient un chant élégiaque sur un ton doux et délicatement atonal.

La seconde partie, intitulée « Ô pâle Ophélia ! belle comme la neige ! », prend son élan grâce aux mouvements perpétuels du piano tissés dans le plus grand chromatisme. Le chant se veut ici plus extérieur, les cordes plus angoissées. En toile de fond, des harmonies presque archaïques se font entendre, comme l'évocation d'une époque ancestrale. Le mouvement s'achève dans le ressac des gammes délicatement glissées, en sourdine.

Enfin, après une brève introduction confiée aux cordes seules, la passacaille finale se met en marche : « Et le poète dit qu'aux rayons des étoiles ». Construite sur l'enchaînement de quatre accords aux couleurs modales, la musique propose un long crescendo de tout l'effectif qui, une fois le climax atteint, résonne comme un tutti d'orchestre triomphant. La pièce se conclue dans la raréfaction des mélodies et fait place à un moment de pure nostalgie, conjuguant tendresse et douleur contenue.