Diversión 

[21:15]


Clarinette, Jean-Marc Fessard
Piano, Orlando Bass
Orchestre à cordes de la Garde républicaine
Direction, Sébastien Billard
Enregistrement réalisé les 21, 22, 23 et 24 février 2023
Durée totale : [60:04]

SND24003
Parution : 2024

Achat du disque

Le titre de ce disque peut s’entendre de diverses manières et se prête à quelques jeux de mots. C’est bien sur, en premier lieu, le « divertissement » qui prime (traduction du mot espagnol diversión). Les œuvres qui sont proposées à l’écoute ont en effet, pour un bonne partie d’entre-elles, l’ambition de la légèreté, l’apparence de la détente. Pour un disque de musique d’aujourd’hui, c’est faire un pas de côté, se démarquer d’un sérieux trop savant et, finalement, faire « diversion ». Pour autant, la légèreté ici est presque illusoire car, derrière un langage pluriel où se conjuguent des influences parfois hétéroclites, on y trouve l’unité d’une musique qui, en réalité, est habitée d’une expressivité souvent grave, parfois tragique et, au final, est portée par une intense dramaturgie.
La première œuvre du disque est probablement celle qui réunit le plus grand nombre de ces paramètres. Le Concert Argentin, composé sur un synopsis résumant la vie de la célèbre Eva Perón, synthétise avec clarinette et piano tout à la fois le tango, le jazz et la milonga. Mais il explore également une écriture plus texturée, plus raisonnée, tout en passant par le lyrisme néo-romantique propre à la volupté de l’orchestre à cordes.
Au centre du disque, les Quatre légendes de Sylphe se présentent comme un intermède à la fois ludique et fantastique. Sorte de génie ambivalent d’anciennes mythologies, le sylphe de ce cycle a plusieurs visages : celui du faune de Debussy, celui des jeux vidéo façon années 80 mais aussi celui de la danse délurée.
Enfin, pour clôturer le programme, une Symphonie pour cordes seules. Ici, le divertissement n’est plus qu’un souvenir. Outre un passage central où les rythmes irréguliers offrent un dernier regain d’énergie, ce sont les passacailles et les longues mélopées des archets qui nous font passer de la légèreté au regret.
Ainsi, en l’espace d’une heure, l’oreille et le coeur de l’auditeur accomplissent un voyage en forme d’énigme : le divertissement, la distraction, la diversion, ne sont-ils pas les pare-feu d’une nostalgie plus intime et plus douloureuse, plus enfouie en nous même ? C’est en tous cas avec cette question que le compositeur Olivier Penard livre les émotions qui l’animent : avec force et pudeur, en mêlant les larmes au sourire.

 

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